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Vaccins: Etablir la confiance

Afin d'établir la confiance envers les vaccins, il est nécessaire d'apporter de informations claires et précises permettant d'engager un dialogue.
La vaccination est un droit mais le refus de vaccination est également un droit au nom de la liberté de conscience.
Aucun acte médical ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé. Le médecin a le devoir d’informer et faire accepter les soins indispensables selon lui.
L’information doit être objective, pas trop technique et non culpabilisante.
La vaccination est autant un acte individuel  qu’un acte solidaire dont le refus risquerait de mettre en danger la collectivité.  
En France sont obligatoires les vaccinations antitétaniques, diphtérie, poliomyélite.
Les raisons de l'obligation vaccinale sont historiques: caractère épidémique des maladies, gravité avec mortalité élevée et volonté de rendre le vaccin accessible à tous.
Pour la diphtérie et le tétanos sont obligatoires les premières injections et le rappel de 11 mois. Pour la poliomyélite, l’obligation concerne également les rappels de 6 et 11 ans.
Un plan de rénovation de la politique vaccinale est à l’étude.  Les vaccins obligatoires seront gratuits ou remboursés et des dérogations seront autorisées sur avis médical.

La vaccination se trouve en quelque sorte victime de son succès.  

Les incontestables bénéfices: éradication de la variole, quasi-disparition de la diphtérie, de la polio, du tétanos et des méningites à haemophilus B ont tendance à être oubliés. Mais les épidémies n’ont pas disparu et les maladies que l’on croyait disparues peuvent réapparaître: Entre 2008 et 2011,10 personnes non vaccinées sont décédées de la rougeole et récemment en Espagne, un enfant non vacciné a contracté la diphtérie et a passé plusieurs semaines en réanimation. Des cas de poliomyélite sont décrits actuellement en Syrie ; en 1992, aux Pays-Bas, une épidémie de poliomyélites est survenue dans une communauté qui refusait les vaccinations.

Les réticences à la vaccination

Elles ont des raisons sociales, psychologiques, historiques, parfois politiques et s'appuient sur des notions scientifiques parfois moins rigoureuses qu’on ne l’imagine. Les arguments mis en avant sont les suivants:

*    Les vaccins font appel à de nouvelles technologies 
Certes, on ne connait pas les effets à long terme. C’est vrai pour les plus récents mais il y a parfois "urgence" à vacciner.

*    Les politiques de santé sont trop autoritaires 
En effet, les campagnes de masse sont parfois décidées sur un faisceau d’arguments insuffisants. L’OMS s’est trompé et la "mauvaise gestion" de la grippe pandémique A(H1N1) de 2009-2010  a abouti à vacciner des millions de gens, alors que la grippe s'est finalement révélée largement moins agressive qu'annoncée.

*    L’emprise de l’industrie pharmaceutique
Les autorités sanitaires sont soupçonnées d’être sous "l’emprise de l’industrie 
pharmaceutique". L’AFSSAPS est financée à plus de 80 % par les laboratoires pharmaceutiques (cf rapport IGAS 2007). Mais la recherché coûte cher et le budget de l’état insuffisant.

*    Le manque de transparence de certains industriels
Il alimente les inquiétudes et les doutes du grand public. 

*    Médicalisation excessive de la société
L’industrie pharmaceutique contribue à une "médicalisation excessive de la société".

*    Certains vaccins ne sont plus disponibles 
C’est le cas du vaccin DTP et seuls sont commercialisées les associations avec la coqueluche, l'haemophilus ou l'hépatite. En effet le vaccin DTP n'est plus produit depuis 2008 en raison de sa pureté imparfaite et de ses nombreuses manifestations allergiques.  La pénurie de vaccin tetravalant  (DTPcoqueluche) et  pentavalent (DTCP haemophilus) fait suite à une augmentation de la demande mondiale de vaccin anticoqueluche. Mais pour y pallier, en 2015, le laboratoire Sanofi Pasteur a mis a disposition sur demande médicale un vaccin DTvax + Imovax polio oral pour les enfants de moins de 6 ans présentant une contre-indication au vaccin coqueluche.

*    Les effets indésirables
Ils sont souvent cités par les media et sur le web qui confondent relation temporelle et relation de causalité entre deux évènements.Affirmer une relation temporelle entre l'administration d'un vaccin et une maladie ne signifie pas pour autant un lien de causalité entre ces 2 évènements.
Pour affirmer celui-ci, Il faut prouver que la fréquence de l'évènement dans la population vaccinée est significativement différente de celle de la population non vaccinée. Les publications scientifiques, réservées à une élite certes parfois trop sûre d'elle-même, ne pourront jamais vaincre les préjugés, les idées reçues et les annonces médiatisées jouant sur l'émotion et les peurs. Le risque perçu, souvent fantasmé, est généralement  bien supérieur au risque scientifique. Il concerne des cas individuels alors que les effets bénéfiques de la vaccination s’évaluent sur l’ensemble de la collectivité. Comme tout traitement médical le risque zero n’existe pas. Et si absurde que se soit, on pourrait dire que des effets indésirables révélés tardivement ne seraient surement pas survenus si la population avait été décimée par une épidémie.

o    Les effets secondaires graves existent mais sont très rares
 

ROR: lien avec l'autisme ?
Le ROR, qui peut certes provoquer des réactions allergiques en de très rares occasions, a été incriminé dans l’autisme, maladie du développement qui se révèle souvent vers 18 mois, au moment de la vaccination ROR. En 1998 Andrew Wakefield, un médecin britannique, publie en 1998 une étude dans la revue LANCET tentant de démontrer la relation de cause à effet entre le vaccin ROR et l’autisme. Mais cette étude n’a pas été menée avec une rigueur scientifique (aucune statistique, échantillon exceptionnellement petit, pas de groupe contrôle, données rétrospectives). D’autres études menées ultérieurement n’ont pas confirmé cette hypothèse ; elles ont conclu à une association possible entre ROR et autisme due au hasard. Surtout il a été révélé en 2007 que le Dr Wakefield avait été payé par un avocat souhaitant poursuivre le laboratoire produisant le vaccin.

Le vaccin papillomavirus et maladie auto-immune ?     
En France, 160 cas de maladie auto-immunes, dont 24 cas de SEP ont été notifiés en pharmacovigilance après vaccination papillomavirus, mais il faut rapporter ces chiffres au nombre de doses délivrées (5,8 millions).  Ainsi leur nombre est faible et même inférieur à celui observé dans la population générale. Ceci a été confirmé par une étude de cohorte prospective internationale.

Le vaccin contre l’hépatite B et accidents neurologiques type SEP ?      
Le vaccin a démontré son efficacité, évitant environs 1500 décès par an en France. Des épisodes aigus d’atteinte neurologique ont été rapportés notamment  après la vaccination massive en 1997. A l’exception de 2 études françaises, très critiquées sur le plan méthodologiques par l’OMS, toutes les études concluent qu’il n’y a pas eu plus de SEP chez les vaccinés que chez les non vaccinés. Si le risque existe, il est très faible et impossible à démontrer. Des décisions judiciaires soumises au principe de précaution ont donc été rendues défiant ainsi la logique médicale et semant le doute dans la population.

Les vaccins ne sont pas efficaces     
Certes l'efficacité n'est pas toujours au rendez-vous (grippe, varicelle, BCG). Mais les vaccins contribuent à l’augmentation de l’espérance de vie au moins autant que l’amélioration des conditions d’hygiène et les traitements curatifs. L’OMS estime que la vaccination évite entre 2 et 3 millions de morts chaque année, en luttant principalement contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la rougeole. Mais l’existence de vaccins ne garantit pas à elle seule le recul d’une maladie. La couverture vaccinale doit être constante et maximale afin de faire durablement reculer la propagation des agents infectieux.

Aluminium et squalènes:  substances toxiques ?     
Ce sont des adjuvants, utilisés pour induire une réponse immunitaire; plus les vaccins sont purifiés, plus ils sont indispensables. En leur absence, les vaccins seraient moins 
immunogènes, nécessiteraient plus d'injections et plus de rappels. En dehors des vaccins vivants, la majorité des vaccins actuels ont un adjuvant.

Les sels d'aluminium
Ils sont utilisés dans les vaccins depuis longtemps (1920). Ils permettent de prolonger la persistance de l’antigène au niveau du site d’injection, et réalisent une sorte de tatouage vaccinal. Aucune étude ne montre de lien de causalité entre la présence de lésions musculaires localisées au point d’injection du vaccin et les signes de myofasciites à macrophages. Cette pathologie, surtout décrite en France, exceptionnelle chez l’enfant, n'a pas de définition standardisée; elle associe des douleurs musculaires, fatigue chronique et troubles de l'attention, autant de symptômes fonctionnels que l'on retrouve dans d'autres maladies.

Les squalènes     
Ce sont des substances organiques largement répandues dans la nature. Des cas de narcolepsie ont été rapportés en Finlande et en Suède puis en Europe après la vaccination antigrippale en 2009 avec PANDEMRIX qui contient l'adjuvant AS03. Mais il n’a pas été possible de conclure si les cas décrits étaient liés à l'antigène du vaccin ou à l'adjuvant ou l'interaction des 2. 

o    Les nourrissons : trop fragiles ?      
Oui, ils sont très exposés aux formes graves de coqueluche et aux méningites à haemophilus B ou pneumocoque, d'où l'intérêt d'une vaccination précoce. Dès la naissance le bébé est en contact avec des milliers d'antigènes et son système immunitaire, c'est-à-dire son système de défense va peu à peu fabriquer autant d'anticorps que d'antigènes pour se protéger contre les infections et d'autres maladies. Les vaccins ne font que stimuler la fabrication d'anticorps contre un microbe. 

o    Le lait maternel protecteur ?      
On ne dispose d'aucune donnée fiable, peu d'études validées ayant été réalisées. Il est admis, surtout dans les pays en voie de développement, que les nourrissons allaités font moins de diarrhée. Dans les pays développés, Ils font moins d'otites que les enfants gardés en collectivité. Mais ils ne sont pas mieux protégés contre la coqueluche, la polio, le tétanos, la diphtérie.

Conclusion
Un débat scientifique doit s’ouvrir mais seulement sur la base de faits, sans que s'y mêlent préjugés, impressions ou arguments idéologiques. Le médecin doit être à l’écoute des patients et de leur argumentation tout en leur apportant une information aussi objective que possible.

 

Bibliographie

Médecine et enfance - nov 2015
13 mythes à propos des vaccins : 
http://naitreetgrandir.com/fr/mauxenfants/sante/fiche.aspx?doc=bg-naitre-grandir-mythe-
vaccination-vaccin-enfant
Sciences et vie – supplément décembre 2016
 
Dr Michèle NOBLINS, pédiatre, Charenton