Kid-Santé

Pleurs ou coliques

Les consultations ne désemplissent pas de bébés inconsolables et de parents désemparés. Les pleurs constituent une expérience pénible pour les parents et les bébés. Les parents sont confrontés à la responsabilité de laisser pleurer le bébé, de le calmer, ou de le nourrir, mais souvent rien n'y fait. Ils cherchent une cause, un sens ; ils ont à faire face à un sentiment d'impuissance et parfois sont envahis par l'inquiétude, les reproches ou l'exaspération.
 
Les pleurs des nourrissons
Ils mettent en émoi tout leur entourage et sont l'objet d'avis et conseils prodigués avec les meilleurs intentions qui n'en restent pas moins souvent empiriques, contradictoires, sources de confusion et désarroi. Car si les pleurs des bébés sont universels et connus depuis des siècles, ils touchent des nourrissons en bonne santé et n'intéressent pas trop les scientifiques.
 
Un problème de définition
Le terme « colique » est utilisé pour décrire des pleurs inexpliqués, excessifs ou prolongés. Ce mot, d'origine latine qui désignait une affection douloureuse du colon, s'applique actuellement à tout type de douleur. Il ne semble pas approprié car l'origine digestive des pleurs n'est pas démontrée.
 
La définition la plus stricte pour les pleurs des bébés est «la règle de trois » établie par Wessel en 1954 :
plus de 3 heures par jour
pendant plus de 3 jours par semaine
pendant plus de 3 semaines.
 
Mais elle ne concerne pas tous les bébés. Il existe en effet de grandes différences interindividuelles et seulement 10 à 30 % des nourrissons de 6 semaines pleurent pendant plus de 2 à 3 heures par jour et sont difficilement consolables (Brazelton).
 
Description
Hunziker a établit une courbe des pleurs:
Les pleurs augmentent semaines après semaines
Sont maximum entre 6-8 semaines et se stabilisent vers l'âge de 4-5 mois
Surviennent avec prédilection en fin d'après-midi et début de soirée.
Les accès de pleurs sont inopinés et imprévisibles, débutent sans raison apparente, sans aucun rapport avec quoi que se soit dans l'environnement (alimentation, couches, réconfort).
Les pleurs sont intenses, le visage est congestionné ; le bébé s'agite dans tous les sens, l'abdomen est contracté ; l'accès se termine parfois par l'émission de gaz. Ils sont difficiles à apaiser; le bébé est parfois inconsolable et semble souffrir.
Aucune pathologie n'est retrouvée lorsque les pleurs sont caractéristiques.
Les pleurs des bébés sont donc considérés comme un comportement normal. Ils existent dans toutes les cultures, et même chez les mammifères, nos ancêtres lointains.
 
Les pleurs ont une fonction
Mais on ne peut avancer que des hypothèses:
Les pleurs sont innés, nécessaires à la survie du bébé qui apprend vite à les utiliser.
Ils jouent un rôle déterminant dans le développement des liens d'attachement.
Les pleurs sont des messages destinés à attirer l'attention afin que l'adulte s'occupe du bébé et réponde à ses besoins physiologiques et affectifs.
Les pleurs sont un mode de communication, comme les gestes, les mimiques, les regards: le bébé exprime sa faim, le désir d'être câliné, d'être changé, ou qu'on lui parle; il utilise son corps pour transmettre ses informations intimes et est sensible aux réponses qu'il suscite.
Les pleurs ont une fonction sociale : ils expriment le besoin d'échanges et le désir de faire partie intégrante du cercle familial.
Les pleurs s'enracinent dans l'affectivité : le bébé se créée des souvenirs et découvre ses goûts, ses préférences; Il fait connaissance avec lui-même et prend petit à petit conscience de la personnalité ses parents; il découvre son pouvoir sur autrui et affirme son petit caractère.
Les pleurs ont un rôle de régulation émotionnelle: après un épisode de pleurs, le bébé dort longtemps et profondément.
 
Les pleurs selon le maternage
Les pleurs diminuent avec le portage (Hunziker, 1986 ; Saint-James Roberts, 2006), mais
quelque soit le maternage (Saint-James Roberts), vers 5 semaines, la quantité et l'intensité des pleurs sont équivalents.
Ainsi, face aux pleurs inconsolables, il n'y a pas d'attitude idéale, plus légitime qu'une autre. Et d’un part, même si parfois les pleurs prennent la forme de caprices, ce n'est pas pour autant que le bébé prend de mauvaises habitudes.
Et d'autre part, laisser pleurer par moments son bébé, n'empêche en rien de lui manifester toute sa tendresse à des moments choisis.
Chacun réagit selon sa culture, sa philosophie, son tempérament. Le débat reste inépuisable s'il faut répondre immédiatement aux désirs de l'enfant afin de favoriser un sentiment de sécurité ou au contraire valoriser l'autonomie précoce et l'indépendance quitte à le laisser pleurer.
 
La cause des pleurs : la grande inconnue
Les causes et les mécanismes sont hypothétiques et jamais démontrés.
Les plus souvent invoqués sont:
Un trouble de maturation du développement, peut-être lié à une difficulté d'adaptation du rythme veille - sommeil organisé sur 24 heures
Des troubles digestifs : d'autant que l'émission de gaz est fréquente
Une intolérance alimentaire (intolérance au lactose, au lait de vache)
Un trouble de la relation enfant - environnement
Une certitude: aucune hypothèse ne permet d'expliquer pourquoi les pleurs sont plus intenses le soir.
 
Les pleurs - symptômes
Dans un petit nombre de situations, les pleurs peuvent révéler une réelle pathologie. Le médecin doit donc toujours analyser de façon rigoureuse ce symptôme banal; Il peut être alerté par des pleurs inhabituels, aigus ou au contraire plaintifs, qui ne surviennent pas que le soir ; un entretien et examen clinique minutieux permettent de rechercher des signes qui pourront orienter la démarche diagnostique.
 
Les pleurs : pas de traitement efficace
Alors que tout le monde connaît un traitement qui a marché, ni les médicaments, ni les modifications de l'alimentation n'ont fait la preuve de leur efficacité sur le plan scientifique. Les spécialités gastro-intestinales sont néanmoins largement prescrites. Du moment qu'elles sont bien tolérées, pas trop chères et un peu efficaces, pourquoi pas ? Ca se discute...
 
Quel est le rôle du pédiatre ?
Prendre le temps d'écouter les parents.
Après avoir examiné le bébé, les informer que le bébé est en bonne santé et que les pleurs vont cesser spontanément.
Expliquer que les pleurs ne sont pas synonymes de douleur
Encourager les parents à avoir plus de contacts avec le bébé : le bercer, le prendre dans les bras, lui parler, le promener, le nourrir...
Les rassurer sur le sentiment d'impuissance qu'ils peuvent éprouver face à des pleurs qu'ils ne peuvent calmer.
Expliquer que les pleurs témoignent de la capacité du bébé à exprimer ses besoins et provoquer d'avantages d'interactions.
 
Dr Michèle NOBLINS, pédiatre, Charenton, Val de Marne