Kid-Santé

Grippe A/H1N1m - 01 décembre 2009

Le 01/12/2009

Ces jours-ci, le téléphone n'arrête pas de sonner: les parents sont inquiets et me demandent mon avis sur la vaccination contre la grippe A/H1N1mutante; ils ne savent pas à quel point la situation est nouvelle :  C'est la première fois que l'on observe une pandémie dès son début et qu'on peut la suivre de près, peut-être trop. En quelques semaines j'ai lu des articles médicaux en anglais et français, ai consulté différents blogs et des sites officiels. Mais il n'est pas facile de s'y retrouver: les informations sont nombreuses, les experts ne sont pas tous d'accord, ils changent d'avis et se contredisent parfois eux-mêmes. Leurs conclusions sont en général prudentes et nuancées, ce qui n'est pas toujours rapporté dans les médias.

Il est certain que la grippe A/H1N1m n'est pas la grippe A/H5N1: tandis que la grippe A/H1N1m est très contagieuse mais peu virulente, la A/H5N1 (grippe aviaire 2003-2007) était peu contagieuse mais très virulente et heureusement a rapidement disparu. Et devant les inquiétudes de l'OMS, jugées par certains épidémiologistes excessives au printemps 2009, le gouvernement qui a le devoir de protéger sa population, a mis en place une version "allégée" du plan conçu pour la grippe A/H5N1. Mais est-il vraiment adapté au virus A/H1N1m ? L'avenir nous le dira.

Il est certain que l'épidémiologie de la grippe est un casse tête: les virus mutent d'une année sur l'autre, les symptômes ne sont pas spécifiques, la moitié des cas sont asymptomatiques et échappent à la détection, l'intensité des épidémies de grippe saisonnière varie d'un année sur l'autre, d'un point à un autre au même moment. L'INVS dont on connait la qualité et la rigueur publie des informations, régulièrement actualisées. Il semble que "Dans la majorité des cas documentés (90%), les cas décédés présentent des pathologies sous-jacentes, que l’obésité apparaît comme un facteur de risque de décès. La grossesse constitue également un terrain prédisposant aux complications ".  En effet pendant l'hiver austral, le pourcentage de femmes enceintes admises en réanimation a été anormalement élevé (10 %. Par contre, même si les enfants sont fréquemment touchés, les complications semblent rares dans cette population.

Il est étonnant de ne plus entendre parler des masques de protection, des gels hydro-alcooliques et assez peu du Tamiflu. L'actualité grippale est monopolisée par la vaccination.

La gouvernement a établit des recommandations vaccinales contre le virus A/H1N1m qui ont été guidées par des experts qualifiés mais la vaccination pour les adultes et les parents relève d'un choix personnel. Les nombreuses publications depuis plus de 40 ans n'ont rapporté qu'un nombre très limité de complications sérieuses dues aux différents vaccins grippaux, quelque soit leur mode de fabrication. La sécurité de cette vaccination, réalisée sur des millions de personnes est donc hautement probable.

Mais l'efficacité de la vaccination antigrippale est l'objet de controverses. Les multiples publications scientifiques fournissent des résultats d'efficacité assez disparates souvent décevants aux âges extrêmes de la vie. En effet, les virus grippaux ayant la malheureuse tendance à échapper à leur ennemis en mutant, il arrive bien souvent que la souche vaccinale contenue dans le vaccin ne corresponde plus à celle de la souche en circulation au moment de l'épidémie. En pédiatrie, les vaccins inactivés, seuls disponibles en France, ont une efficacité biologique (fabrication des anticorps) de 59 % pour le virus en cours, mais si l'on retient un diagnostic clinique, l'efficacité chute à 36 %. Dans tous les cas, le taux d'anticorps protecteurs disparait au bout d'un an, peut-être plus rapidement si le vaccin contient des adjuvants. A l'inverse, l'infection grippale entraîne une protection de longue durée et une immunité croisée vis à vis de certaines souches mutantes.

Le vaccin A/H1N1m a été préparé rapidement mais toutes les étapes de contrôle et d'évaluation ont été respectées. Il est efficace sur le plan biologique (bonne production d'anticorps) mais Il est trop tôt pour apprécier réellement son efficacité. Néanmoins la situation pandémique actuelle, si les prévisions de l'OMS sont vraies, ne permet pas d'attendre plus longtemps: le virus étant très contagieux et bien que peu virulent, peut entraîner un nombre certain de décès, peut muter et devenir peut-être plus virulent: il peut aussi retentir sur le fonctionnement économique de la société.

Des effets secondaires mineurs sont possibles dans les 2 jours suivants la vaccination: réaction locale douloureuse au point d'injection, fièvre, fatigue et courbatures.

Quant aux adjuvants à base de squalène, plus de 45 millions de doses de vaccins saisonniers contenant des adjuvants ont été administrés depuis 10 ans sans qu'aucun problème pharmacologique n'est été notifié. Quant au risque de syndrome de Guillain-Barré, une affection neurologique aigue parfois sévère, il est 10 à 15 fois supérieur dans les semaines qui suivent une infection grippale qu'après la vaccination (Robert Cohen).

Quant à la vaccination des femmes enceintes avec adjuvant, en l'absence de données suffisantes dans cette population, elle n'est pas recommandée actuellement.

Conclusion

La grippe A/H1N1m déchaîne les passions, déclenche des conflits et pourrait tuer quelques centaines de personnes en France cet hiver.
La vaccination suscite beaucoup d'inquiétudes qui ne paraissent pas justifiées. Elle est l'un des meilleurs moyens pour lutter contre la pandémie.
La campagne de vaccination a débuté, l'avenir nous dira si la menace d'un fléau imprévisible a été
déjouée par un tel plan de bataille. L'emballement médiatique international nous fera peut-être sourir ou pleurer, nul peut savoir.

Bibliographie

http://www.invs.sante.fr/international/notes/note_deces_grippe_A_h1n1_140809.pdf
  1. Vaccination antigrippale chez l'enfant - Tom Jefferson
    Cochrane: Database Syst Rev. 2006; (1):CD004879
  2. N° spécial grippe de Médecine et enfance – Robert Cohen - septembre 09
  3. N° spécial grippe de Médecine et enfance – Robert Cohen - octobre 09
  4. Réalités Pédiatriques -105-novembre 2005 p 21-24

Dr Michèle NOBLINS, pédiatre, Charenton, Val de Marne