Kid-Santé

Grippe A: faut-il en avoir peur ?

Le 16/09/2009,
 
Le seuil de l’épidémie pour le virus A/H1N1 est franchi. Mais à cela, rien d’alarmant car même si le virus A/H1N1 est nouveau et assez contagieux, il n’est pas très agressif.
On en parle beaucoup, trop peut-être, mais pour la première fois, on peut suivre en temps réel l’évolution et la propagation d’un nouveau virus et tenter de mettre en place rapidement les stratégies préventives et thérapeutiques. 
Mais est-il donc nécessaire de créer la panique, en inondant le public d’informations et de recommandations jugées par certains illogiques, couteuses, difficilement applicables ?
 
Les inquiétudes sont là et s’expliquent par plusieurs points 
 
Le virus A/H1N1 est un nouveau virus, contre lequel la population n’est pas immunisée. Il se propage donc rapidement et est sans doute plus contaminant que celui de la grippe saisonnière. Jusqu’à présent, il ne provoque que des symptômes bénins dans la majorité des cas. Mais il pourrait provoquer une pandémie « douce », touchant 25 à 35 % des français, comme dans le cas des épidémies de grippe saisonnière.
 
Fait plus sérieux, Il pourrait muter et se recombiner avec des souches de la grippe aviaire H5N1 ou d’autres, provoquant une véritable pandémie mondiale, comparable à la grippe espagnole de 1919.  
 
Il touche des populations jeunes.
 
Que faire en cas de suspicion de grippe ?
 
Le virus A/H1N1 peut-être soit asymptomatique, soit provoquer dans la très grande majorité des cas, les symptômes habituels de la grippe: fièvre, frissons, mal de tête et signes respiratoires (toux, écoulement nasal).
Les formes avec détresse respiratoire aigue sont très rares.
Chez les sujets atteints de pathologie chronique, la grippe est un facteur d’aggravation.
 
Actuellement l’incidence de mortalité dans le monde pour cette épidémie est de 0,3 pour 1000, soit 3 fois moins qu’une épidémie de grippe saisonnière. Ces chiffres ne tiennent d’ailleurs pas compte de l’hétérogénéité du niveau sanitaire des différents pays. Fait rassurant, dans l’hémisphère Sud, où le pic épidémique est déjà passé, le nombre de décès est resté très en deçà des estimations redoutées.
Chez l’enfant l’incidence de mortalité d’une grippe saisonnière est faible: 3,8 pour 100000.
 
Le diagnostic de grippe est clinique, c’est-à-dire fait sur des symptômes et peut parfois être porté à l’excès. De ce fait également, il est difficile d’évaluer l’efficacité des thérapeutiques antigrippales et on ne peut que constater le grand nombre de publications contradictoires.
 
En pratique :
 
En cas de fièvre et toux, consulter un médecin. Généralement, seul un traitement antipyrétique, c’est-à-dire permettant de diminuer la température et d’améliorer le confort est prescrit. Car la majorité des patients présentant une grippe A/H1N1 guérit spontanément en quelques jours.
 
En cas de fièvre mal tolérée ou associée à une gêne respiratoire, le médecin oriente l’enfant vers un service de pédiatrie.
 
Actuellement, en cas de suspicion de grippe chez un nourrisson de moins de 6 mois, les recommandations préconisent de l’adresser à un centre de référence hospitalier dédié à la grippe ; un prélèvement nasopharyngé sera réalisé pour confirmer le diagnostic avant de débuter un traitement antiviral. Cette décision prise par les autorités de santé paraît en pratique difficilement réalisable et disproportionnée et risque d’entraîner une surcharge de travail pour les urgences.
 
Le médecin doit surtout ne pas oublier que même en cas d’épidémie de grippe, l’enfant peut être atteint d’autres pathologies infectieuses qui nécessitent un traitement urgent.
 
Recommandations générales de prévention
 
La transmission du virus se fait surtout par voie aérienne, mais aussi par contact direct.
En cas d’épidémie de grippe saisonnière, environs 40 à 60 % de la population peut-être porteuse du virus, mais seulement 25 à 35 % des sujets développent des symptômes.
La période contagieuse dure 7 jours chez les adultes, plus longtemps chez les petits enfants (2 à 3 semaines ?). Elle commence 1 à 2 jours avant l’apparition des symptômes.
 
La meilleure prévention repose sur les conseils d’hygiène : mettre sa main devant sa bouche et son nez lorsque l’on tousse ou éternue, utiliser des mouchoirs jetables, et se laver les mains régulièrement.
 
Les masques disponibles n’ont à ce jour, pas été approuvés pour être utilisés chez l’enfant. Chez l’adulte, le masque chirurgical « classique » sert à protéger l’entourage, le masque FFP2 est un masque « de protection respiratoire individuelle », réservé aux professionnels les plus exposés.
 
Les autres mesures ont pour objectif d’augmenter la distance sociale avec les patients et d’améliorer le renouvellement de l’air ambiant. Ces mesures risquent d’induire une désorganisation socio-économique
non négligeable pour un bénéfice modéré ou nul. Les fermetures d’écoles dans l’hémisphère Sud n’ont servi à rien.
 
En effet, quelles que soient ces mesures, leur marge d’efficacité est limitée. Seul atout démontré, « elles permettent de retarder et d’aplanir le pic épidémique mais en le prolongeant… et ainsi d’attendre l’arrivée de vaccins  (Dr Robert Cohen) » et surtout le printemps.
 
Les thérapeutiques sont-elles vraiment efficaces ?
 
Les vaccins 
 
Leur efficacité est limitée.
Toutes les études confondues, et malgré l’hétérogénéité des essais, concluent que l’efficacité biologique des vaccins sur les maladies grippales varie entre 65 et 79 % (étude de Jefferson) lorsque le vaccin correspond bien au virus grippal en circulation. Ces chiffres tombent à 38 % si l’on prend en considération les symptômes cliniques.
Chez l’enfant de moins de 2 ans, le vaccin a la même efficacité que le placebo; la réponse anticorps est faible, retardée et assure une protection moins durable que celle provoquée par l’infection.
 
Lorsque le vaccin rencontre un autre virus grippal que celui contre lequel il est censé lutter, la protection des sujets vaccinés n’est guère différente de celle des sujets non vaccinés.
 
Deux doses de vaccin seront à priori nécessaires.
 
Il faut environs 6 mois pour développer un vaccin antigrippal. Le virus A/H1N1 est malheureusement têtu et relativement difficilement cultivable. Pour accélérer sa production, de nouveaux adjuvants (amplificateurs d’effet) boostent l’immunité. Les firmes en gardent jalousement le secret et la bataille commerciale entre les laboratoires pharmaceutiques bat son plein. Certains disent que le vaccin ne sera disponible que quand l’épidémie aura déjà traversé en grande partie la planète.
 
Les médicaments antiviraux
 
Ces médicaments agissent en bloquant la fusion des nouvelles particules virales avec les cellules qu’elles infectent. Piégées, elles ne peuvent sortir et infecter d’autres organismes. Mais ils ont tendance à sélectionner des virus résistants.
 
Le Tamiflu (oseltamivir)et le Relenza (zanamivir) ont une efficacité faible à modérée.
Ils sont inutiles en cas de forme mineure, probablement intéressants en cas de forme sévère ou chez les sujets à risque de complications (femme enceinte, maladie chronique, nourrisson de moins de 6 mois); ils sont intéressants en prévention chez les sujets à risques.
Le Relenza n’est prescrit qu’à partir de 6 ans et par voie nasale.
Le Tamiflu se présente sous forme orale et peut-être donné chez le nourrisson. Dans les recommandations actuelles, il ne pourra être délivré qu’après prélèvement nasopharyngé.
 
Conclusion provisoire
 
A ce jour, l’épidémie de grippe A/H1N1 se propage rapidement, mais les symptômes sont en général  bénins. Les nourrissons de moins de 6 mois doivent bénéficier d’une prise en charge privilégiée, mais les mesures préconisées par les autorités de santé semblent excessives et difficilement applicables.
Les pays développés, notamment la France, marquée par la canicule de 2003 et les affaires du sang contaminé en fait peut-être trop, mais il est logique de se préparer au pire face à un virus nouveau et inhabituel. Heureusement on est très loin des pronostics inquiétants des modèles mathématiques.
 
Bibliographie
 
N° spécial de Médecine et enfance – Robert Cohen – septembre 09
Réalités Pédiatriques-105-novembre 2005 p 21-24
 
Dr Michèle NOBLINS, pédiatre, Charenton, Val de Marne