Kid-Santé

Et l'éducation dans tout ça ?

« Savoir dire oui ou non » est un véritable défi éducatif pour l’adulte, qui dans un rôle d’équilibriste permanent et instable, doit choisir entre fermeté et dialogue.
L'enfant a besoin d'affection, d'amour mais aussi de repères et de limites; en effet il ignore ce qui est le mieux pour lui.
L'éducation repose sur le plaisir d'être ensemble et sur un respect mutuel qui offrent  à l'enfant la possibilité de s'épanouir et satisfaire sa soif de découvrir.
 
L'enfant doit apprendre à :
Discerner ce qu’il peut faire et ce qui doit être évité
Attendre et supporter les frustrations en contrôlant ses émotions
Assimiler les interdits fondamentaux bénéfiques à sa sécurité, son bien-être et celui des autres.
Accepter que l’adulte décide à sa place.
 
L’enfant doit pouvoir s’exprimer, se tromper, forger sa propre expérience dans les limites de sa sécurité et du respect de l’adulte. Ses compétences ne doivent pas être surestimées et les réprimandes adaptées à son âge. Certains comportements sans importance et les petites provocations doivent parfois être ignorées.
 
Les punitions ont pour objectif d'être éducatives; elles ne doivent être ni violentes, ni humiliantes. Données sans explication, elles n’ont aucun sens : Rien ne sert de punir pour punir.
Elles peuvent être bénéfiques lorsque l’enfant dépasse les limites, mais les multiplier peut avoir l’effet inverse. Trop d’interdits risquent de déclencher chez l’enfant un sentiment d’injustice, un comportement d’opposition ou conduire à raconter des mensonges.
Tandis que les limites doivent être posées avec fermeté, justice, raison et cohérence, les parents doivent pouvoir donner des explications au moment choisi.
Comme l'a écrit le Professeur Marcelli : "On ne comprend rien à l'autorité si l'on ne pose pas comme principe premier que l'autorité autorise avant d'interdire".
 
L’enfant intègre rapidement qu’il peut moduler les sentiments d’autrui. Il s’étonne de son pouvoir et en joue souvent. "Jai pas envie" est souvent sa phrase magique: en s'opposant, il affirme ainsi qu'il existe.
Il manie l’art de la négociation en fin tacticien. Il utilise le « non » avec candeur. Il jongle avec les émotions des autres. L’adulte en politicien averti, doit pouvoir adapter son attitude et souvent improviser. Il doit être parfois sérieux voire sévère mais aussi répondre avec humour et ironie.
 
Connaître les rythmes de l'enfant, les respecter et parfois les imposer permet d'éviter bien des conflits. Les crises de colères sont parfois plus faciles à prévenir qu’à juguler. Elles surviennent lorsque l’enfant est fatigué ou contrarié. Il faut ainsi parfois demander à l’enfant de se reposer ou de se ressourcer dans un endroit calme lorsqu’il se frotte les yeux, se touche les oreilles ou commence à montrer les premiers petits signes d’irritabilité. Les besoins de sommeil sont très variables d'un enfant à l'autre: certains auront besoin d'une longue sieste alors que pour d'autres dormir l'après-midi ne fera que reporter l'heure du coucher à une heure tardive.
 
Si l’enfant perçoit un soupçon d’incertitude, des attitudes incohérentes ou des désaccords entre les parents, il risque de se sentir désorienté, peu sécurisé et adopter une conduite d’opposition.
Si l'enfant prend le pouvoir, il impose ses propres choix, alors même qu'en tant qu'enfant, il ne sait pas encore ce qu'il préfère.
 
Savoir dire non est un véritable challenge qui demande parfois un véritable apprentissage. Avoir confiance en soi est un préalable indispensable afin de lui donner toute sa valeur. Un non ferme prononcé avec contrôle est efficace, parfois magique. Un non timide traduit souvent une certaine ambivalence; l'enfant reçoit un message contradictoire qu'l saura utiliser à son avantage. Un non proféré sous l’emprise de la colère déclenche souvent un comportement agressif et l'enchainement d'une spirale infernale.
 
Devenir parent n'est pas un long fleuve tranquille. C'est pouvoir dire oui ou non, c'est être autant le complice de l'enfant que celui qui sait et impose. C'est accepter que l'enfant grandisse et se sépare. C'est lui donner la joie de vivre et d'être lui tout en l'enveloppant dans un bain culturel. C'est lui apprendre à accepter la réalité parfois au dépend de ses désirs immédiats.  
 
Dr Michèle NOBLINS, pédiatre, Charenton, Val de Marne