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OGM: un débat permanent

OGM : Un débat permanent

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont souvent au cœur des débats et déclenchent parfois les passions. Mais les manipulations génétiques utilisées avec prudence ne méritent pas d’être tant médiatisées. Les critiques ne viennent non pas tant des scientifiques et des risques potentiels des OGM pour la santé et l'environnement, que de certains acteurs socioéconomiques .
En effet, en Europe leur production et leur commercialisation sont l'objet de contrôles draconiens par les organismes scientifiques. 

Cet article a pour vocation modeste de présenter succintement quelques arguments pour peser le pour et le contre de ces nouveaux outils que la biologie moderne met à notre disposition.

Un OGM est un organisme végétal, animal ou humain dans lequel a été inséré un ou plusieurs gènes provenant d'une autre espèce, même très éloignée. Ce sont surtout les plantes génétiquement modifiées (PGM) qui sont l'objet de controverses.
Les PGM existent depuis longtemps: au 16e siècle, les légumes (maïs, tomate, pommes de terre...) importés des Amériques ont spontanément mutés pour s'adapter à leur nouvel environnement.
Il y a donc eu au fil des années une sélection naturelle empirique. 
Au début du 20 è siècle, pour obtenir des plantes de meilleure qualité, les agriculteurs et chercheurs en agronomie  faisaient se croiser des variétés proches pour introduire des gènes de résistance aux maladies. Ils utilisaient des procédés (ex: des radiations) provoquant des mutations, qui survenant au hasard sur les gènes et n’étaient donc pas sans risques.

Et c'est en 1977 qu'a été réalisée par l'homme la première transgénèse, c’est-à-dire un transfert de gènes. Cette  méthode rapide et ciblée permet le transfert d'un seul gène. Elle a également l'avantage de pouvoir transférer des gènes entre organismes très différents (ex: d'une  bactérie à une plante).
En 1986 les premiers plans de tabac transgéniques ont été cultivés en Amérique.
En 1994 des tomates hybrides, longue conservation, ont été commercialisées.

Les avantages des OGM sont certains 

Les OGM sont largement utilisés dans l'industrie pharmaceutique (fabrication d'insuline, facteurs de coagulation sanguine, vaccin contre l'hépatite B, hormone de croissance..) et leur mérites sont peu contestés. Ces substances de synthèse peuvent être ainsi produites en grandes quantités et contrairement aux substances "naturelles" ne transmettent pas de maladie (ex: facteur de coagulation et VIH, hormone de croissance et maladie de Creutzfeltdt-Jacob).

L'intérêt pour l'agriculture est de produire des plantes transgéniques (soja, maïs, colza et coton) résistantes  aux prédateurs en tous genres ou de les enrichir en certaines substances (ex : riz doré enrichi en vitamine A). Les PGM permettent ainsi d'une part de diminuer la consommation de produits toxiques (pesticide, herbicide) et d'autre part elles ont vocation d’améliorer les ressources des populations défavorisées.

Les risques des PGM existent mais

Les peurs qu'ils suscitent doivent être analysées avec prudence. Le sujet est complexe et fait l'objet de publications multiples par les organismes officiels de recherche, parfois même bien plus poussées que pour les plantes non OGM. Et chaque cas doit être discuté, chaque OGM étant particulier. 

  • L' impact sur la biodiversité 

Les problèmes existent au même titre que l’utilisation des pesticides et insecticides conventionnels.  Certaines espèces, comme certains papillons ou celles utiles pour les cultures et les matières organiques risquent de disparaître et la sélection d'organismes (insectes nuisibles) et de plantes résistantes (mauvaises herbes) aux insecticides est possible. 

* Le cas des plantes insecticides
Par exemple, pour le maïs Bt (Bacillus thuringiensis) chez lequel on a introduit un gène de résistance à un insecte ravageur (la pyrale), les risques sont comparables à ceux des insecticides chimiques sans tout autant y exposer les agriculteurs. Aux Etats-Unis, où le débat engagé sur les effets nocifs du maïs Bt, sur le papillon Monarque, n’est toujours pas clos.

* Le cas des PGM résistantes aux herbicides est plus délicat : glyphosate ("Roundup" de Monsanto) et glufosinate ("Basta" de Bayer). On peut craindre que le gène de résistance se transmettre à d'autres espèces. C'est la raison pour laquelle, la culture du colza et de la betterave résistants aux herbicides, 2 espèces proches des mauvaises herbes, n'est pas autorisée en France. 
Mais le risque de transmission de résistance existe déjà pour les herbicides conventionnels. 

  • Sur la santé 

* PGM et allergies: Les risques allergiques sont imprévisibles et les PGM ne constituent pas un facteur de risque supplémentaire.

* Le transfert de gène d'un OGM par l'alimentation vers l'homme est impossible. Il faudrait imaginer que l'ingestion de viande de bœuf nous transfère un gène de bœuf voire nous transforme en bœuf. Ainsi, les craintes de résistance aux AB par l'ingestion de PGM résistantes aux AB ne sont donc pas légitimes.

* Quant au risque de toxicité, il doit être évalué au cas par cas et fait l'objet de multiples publications. Même si le risque n'est pas nul, il n'a pas été démontré que celui-ci est plus important que pour les aliments courants. 

* Le risque d'augmentation de cancers par les OGM. Même si les herbicides génèrent un risque de cancers et que les PGM (plante résistante au Round up) risquent d'induire une plus grande utilisation de ces herbicides par les agriculteurs, on voit mal comment ils pourraient par eux-mêmes augmenter l'incidence des cancers. 

  • Sur le plan socio-économique

Les industriels sont critiqués de faire d’avantage de profit :
En commercialisant à la fois l'herbicide et la plante résistante à celui-ci.
En rendant les plantes stériles empêchant les agriculteurs de faire pousser leur culture d'une année sur l'autre, les obligeant ainsi à leur acheter à nouveau la PGM, notamment le riz doré.
En créant des monopoles indsutriels.

Conclusion 
La transgénèse aboutissant aux OGM n’est pas une « invention de l’homme ». Réalisée par l’homme, c’est une technique innovante dont les avantages sont certains mais qui doit être utilisée avec prudence. Les OGM sont donc l’objet d’une évaluation draconienne permettant de commercialiser des produits aussi sûrs que les produits non OGM tant sur le plan de la santé, qu’environnementaux.

Les risques ne sont pas nuls mais les peurs qu’ils suscitent sont parfois dramatiquement  utilisées à des fins politiques. Et les mouvements de contestation avec des actions « coup de poing » n’ont pour but  que de marquer les esprits.

Références
1. Faut-il toujours avoir peur des OGM ? F. Casse
Réalités pédiatriques – septembre 2012
http://www.realites-cardiologiques.com/wp-content/uploads/2012/10/RP172_cass%C3%A9.pdf

2. OGM: Pas de quoi avoir peur !
Philippe Joudrier – conférence 4142, bull n°42, 
http://www.ac-sciences-lettres-montpelier.fr/

Dr Michèle NOBLINS, pédiatre, Charenton, Val de Marne